LA FILLE AU BRACELET

Stéphane Demoustier signe un film de procès implacable qui sonde avec justesse l’insondable mystère d’une adolescente sur le banc des accusés.

 

Au cinéma, on se souvient d’un Clouzot dans La Vérité (1960) essayant d’éprouver par tous les moyens le volcan Bardot, isolé au milieu d’une Cour d’assises prête à dévorer le “monstre”. Le tribunal comme métaphore d’une jeunesse forcément blâmée car incomprise, sert aujourd’hui ce très bon film. Ici, Lise, 18 ans (Mélissa Guers, impressionnante) est protégée (exclue !) par une vitre transparente telle la criminalle qu’elle peut-être. A-t-elle tué sa meilleure amie ? Lise regarde ses accusateurs dans les yeux, répond distinctement. Si ses parents ou son avocate ont essayé de la préparer à l’exercice, la jeune fille n’a rien d’une marionnette et garde jusqu’au bout son indépendance de corps et d’esprit. “La fille au bracelet” est un vrai film de procès qui opère néanmoins quelques allers-retours à l’extérieur pour mieux nous ramener au cœur oppressant de l’arène judiciaire où les mots comptent plus que les émotions qui pourraient appuyer ou démentir des faits. La grande force de ce nouveau long-métrage de Stéphane Demoustier, dont Terre battue en 2014 sondait déjà avec justesse la culpabilité adolescente, est de voir comment la moralité d’une société bourgeoise vient s’abîmer sur la face d’une jeune fille.

Lise est une île, une terre lointaine assiégée. L’adolescent est par nature ce corps étranger obligé de s’adapter à un monde dont les codes se dressent devant lui comme une menace. La mise en scène frontale découpe ici l’espace pour mieux réparer et réunir ce qui peut encore l’être. Implacable.

(Thomas Baurez, Première, publié en Février 2020)

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