Ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas !

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CEUX QUI TRAVAILLENT

Pour son premier film, Antoine Russbach réussit un solide drame social, porté par un Olivier Gourmet magistral en employé dévoué, victime de son zèle.

Son premier film à peine sorti, le trentenaire genevois Antoine Russbach en profite pour annoncer les deux suivants (du moins tels qu’il espère pouvoir les mener à terme), Ceux qui combattent et Ceux qui prient, dont on imagine que la trilogie ainsi formée, avec le liminaire Ceux qui travaillent, dresserait un état des lieux très modérément funky de l’état de nos sociétés occidentales.

Car à l’évidence le néophyte suisse n’est pas tant là pour nous faire danser sur les tables que pour donner matière à réflexion. Dossier instruit, Ceux qui travaillent – situé dans les eaux troubles du biotope où plongent déjà Laurent Cantet, Stéphane Brizé ou Nicolas Silhol, dira-t-on un peu paresseusement – interroge ainsi les rouages du capitalisme en général, et la responsabilité morale d’un serviteur du système en particulier, à travers une étude de cas édifiante, cependant que judicieusement équivoque.

Employé d’une grosse compagnie de fret maritime, Frank prend un jour sans concertation une décision qui va coûter la vie à un passager clandestin sur un bateau. Aucune intention de nuire explicite n’a guidé un choix, certes immoral, mais qu’on hésitera pourtant à taxer de cynique, juste le souhait de servir au mieux les intérêts de l’entreprise où, accompli par le dévouement, il a gravi les échelons.

Devenu bouc émissaire, le cadre supérieur se retrouve alors à devoir endosser les habits trop grands d’une forfaiture collective, jusqu’à se poser en victime expiatoire sacrifiée sur l’autel d’un libéralisme dans lequel il continue néanmoins de vouloir surnager. Un statut ambivalent, densifié par un profil psychologique sans concession (son boulot étant toute sa vie, le personnage, taciturne voire renfrogné, ne prête à la sphère domestique qu’une attention très relative), qu’assume crânement le toujours irréprochable Olivier Gourmet, véritable mur porteur d’un drame social implacable et glaçant, cependant que jamais rébarbatif en dépit de son âpre thématique.

(Gilles Renault, Libération, publié le 24/09/2019)

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