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LES OLYMPIADES

Quand Jacques Audiard s’attaque à un genre nouveau, la comédie, non seulement il atteint son objectif avec grâce et délicatesse, mais en plus il grandit le cinéma d’amour.

 

On connaît Jacques Audiard pour ses grandes œuvres noires comme Un prophète ou De battre mon cœur s’est arrêté. On ne pouvait pas imaginer qu’il puisse s’attaquer à un genre plutôt considéré comme mineur sur les écrans : la comédie sociale. Bien sûr, c’est un réalisateur expérimenté qui connaît toutes les ficelles du cinéma. Mais cette fois, Audiard choisit le dépouillement, la simplicité pour témoigner de l’existence de jeunes gens, en plein treizième arrondissement, à deux pas de la station de la ligne 14, qui donne son nom au titre du film. Le long-métrage s’invite dans les appartements de deux jeunes héroïnes : celui d’Emilie, qui habite une tour à proximité de la place d’Italie, et celui de Nora, qui vient de Bordeaux pour fuir on ne sait quelle histoire d’amour ratée. Un homme noir, Camille, flotte entre ces deux personnages, quand il ne court pas après toutes les femmes de son quartier. Et il y a, dans un autre arrondissement que le treizième, cette mystérieuse Amber qui s’adonne à l’exhibitionnisme tarifé.

Les Olympiades donne la parole à la multiplicité culturelle qui constitue la France moderne. Les jeunes gens représentent toutes les origines et toutes les sexualités. Parce qu’il s’immisce dans les domiciles ou les familles des personnages, le spectateur a la preuve que l’inclusion culturelle et sociale fonctionne bien dans notre modèle français contemporain, en dépit des propos populistes de certains. Ainsi, par exemple, Emilie peut être aussi libertine et légère qu’elle est inscrite dans les traditions chinoises de sa famille. Quant à Camille, dont le père est d’origine africaine, il a réussi ses études de lettres et prépare une agrégation. Le long-métrage crée des protagonistes universels à travers lesquels tous les jeunes Français se retrouveront. Il y a en eux de la gravité, de la poésie, de la délicatesse, de l’humour et de la beauté tout à la fois. On rit avec eux et on se passionne pour ce marivaudage moderne, où les cœurs se cherchent pendant que les corps s’épuisent, à travers toutes les expériences sexuelles possibles.

Le noir et blanc est parfois risqué sur un écran de cinéma. On peut y voir une tentation de forcer l’esthétique de l’image. En réalité, Les Olympiades offre une photographie parfaite, des prises de vue abouties et maîtrisées, qui composent avec les vues de la ville depuis le ciel, les espaces restreints des chambres, les entrées d’appartements ou les magasins du quartier. La caméra prend la main du spectateur et l’entraîne dans un amphithéâtre de l’université Panthéon-Sorbonne, les couloirs des immenses tours de l’arrondissement, ou des magasins que certains reconnaîtront. Audiard offre une expérience sensorielle et visuelle absolument jubilatoire, où les sentiments de la vie quotidienne s’embrasent dans des paysages urbains du sud de Paris. Le réalisateur réussit haut la main une comédie qui révèle, une fois de plus dans son œuvre, tous les traits de la psychologie amoureuse, le drame en moins.

(Laurent Cambon, Avoir à Lire, publié le 03/11/2021)

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