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LIMBO

Entre poésie, comédie burlesque et drame, Limbo offre une vision originale et touchante de la situation des demandeurs d’asile au Royaume-Uni, et plus particulièrement en Ecosse. Un film proprement réjouissant.

 

Ces paysages marins sublimes qui s’étendent sur l’écran semblent des images arrachées à un film touristique. En réalité, l’État britannique a installé un centre de demandeurs d’asile au milieu d’une île merveilleuse d’Écosse où quelques rares habitants cohabitent entre méfiance, rejet et empathie. Omar est le héros principal de cette drôle d’histoire. Il partage son quotidien avec la quinzaine de réfugiés, armé d’un instrument de musique qui lui a valu quelques petits succès dans son pays d’origine, la Syrie. Régulièrement, il appelle ses parents d’une cabine téléphonique plantée au milieu du désert maritime, le ramenant à la désolation de son existence et à son désir puissant d’émancipation sociale et culturelle.

 

Omar cultive pendant tout le long-métrage un air qui hésite entre la tristesse et le désabusement. Quand il ne se perd pas dans les étendues d’herbes et de mer, il rencontre les insulaires qui ne manquent pas d’humour. Limbo raconte avec ravissement le décalage culturel entre un demandeur d’asile et les populations locales. Ben Sharrock évite les poncifs dramatiques en offrant volontairement un style cocasse et poétique qui tranche avec un cinéma anglo-saxon souvent tragique quand il s’agit d’évoquer des enjeux sociétaux. L’originalité de l’approche constitue l’intérêt majeur de ce film qui emprunte un langage aux intonations flegmatiques et joyeuses. Le metteur en scène multiplie les situations burlesques dans la pure tradition du fameux nonsense de la littérature anglo-saxonne. Ainsi, le long-métrage apparaît comme un condensé jouissif des œuvres d’Oscar Wilde ou Lewis Carroll, qui va ravir sans aucun doute les passionnés de romans anglais.

 

Ben Sharrock décortique non sans ironie les processus mis en place par le centre de demandeurs d’asile pour favoriser l’insertion des migrants, à travers la figure de deux intervenants qui ne manquent pas d’originalité. La mise en scène privilégie des personnages atypiques, drôles, dans la mesure où l’enjeu du film est autant d’amuser le spectateur que de rendre compte du processus complexe à l’œuvre dans une démarche d’asile. La musique résiste au héros qui engage un travail de reconstruction identitaire dans l’appropriation de l’instrument à corde qui l’accompagne dans son périple. il faut d’ailleurs saluer l’interprétation incroyable d’Amir El-Masry, bien loin cette fois du rôle qu’il avait occupé dans la saga Starwars. La richesse de son jeu est liée à la pudeur et la délicatesse avec lesquelles il aborde ce récit d’asile. Tout se joue dans les non-dits, les regards, les silences, qui alternent avec la solitude des paysages marins et les souvenirs des concerts en Syrie.

 

Limbo est un petit joyau de sensibilité et d’ouverture culturelle. Le film raconte la dureté et la cruauté de l’exil forcé par la guerre, dans un ton faussement désinvolte et joyeux. Assurément, dans le contexte géopolitique du moment, il y a une urgence à prendre le temps de partager un petit bout de sa vie avec ce jeune Omar.

(Laurent Cambon, Avoir à Lire, publié le 22/04/2022)

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