Copyright 2021 Neopa/Fictive

CONTES DU HASARD ET AUTRES FANTAISIES

Avant « Drive My Car », Ryusuke Hamaguchi s’était lancé dans la réalisation de fables sur le thème des coïncidences et de l’imagination, dont trois sont réunies dans ces « Contes du hasard ».

 

« Prenez plaisir à être surpris par l’inattendu du monde. » Telle est l’invitation de Ryusuke Hamaguchi à travers ses Contes du hasard, triptyque subtil et délicat primé à Berlin en mars 2021, quelques mois avant le succès de Drive My Car à Cannes. Se succèdent dans ce film trois récits indépendants les uns des autres : un curieux triangle amoureux, une tentative de séduction (ou de manipulation) qui tourne mal et enfin, une rencontre fortuite née d’un malentendu. Trois histoires audacieuses conçues par cet ancien élève de Kiyoshi Kurosawa comme autant de portraits de femmes face à leurs choix de ne pas laisser le seul hasard décider de leur destin…

 

« Ces trois contes sont les premiers d’une série de sept ayant pour thème « coïncidence et imagination », explique le réalisateur dans le dossier de presse. La coïncidence m’a toujours intéressé. La montrer, c’est une façon d’affirmer que la rareté est l’essence même du monde, plus que la réalité elle-même, et j’ai réalisé combien l’exploration de ce thème offrait des perspectives narratives imprévisibles. » De quoi dessiner un territoire sentimental aux chemins de traverses sinueux qu’on pourrait situer entre Eric Rohmer et Hong Sang-soo, là où légèreté et gravité ne cessent d’alterner dans un pas de deux amoureux.

 

Rohmer, mais aussi Hawks et Cassavetes

« J’ai l’œuvre d’Eric Rohmer en tête quasiment à chaque fois que je fais un film, confirme le cinéaste. Mais avant lui, deux autres réalisateurs m’ont aimanté : Howard Hawks et John Cassavetes. Leurs approches sont a priori très dissemblables, mais Eric Rohmer, selon moi, a réussi à les faire converger et, en ce sens, à me donner des solutions pour les concilier. Il est donc pour moi un cinéaste fondateur, qui m’a indiqué la voie à suivre pour synthétiser le fond et la forme. L’influence de Hong Sang-soo est moindre, même si j’ai conscience des nombreuses proximités entre son travail et le mien. Mais à mes yeux, Hong Sang-soo a surtout ouvert la voie à la transposition du cinéma de Rohmer dans la culture asiatique. »

Ces trois Contes du hasard ont en commun une écriture très fine et un caractère romanesque assuré. Sans oublier le talent rare du cinéaste de toujours parvenir à capter le mystère de figures féminines pourtant insaisissables. « J’ai toujours été plus attiré par les parcours féminins, justifie Hamaguchi. J’avais peut-être envie de me fixer un défi en abordant les portraits de femmes car cela me semblait plus complexe. » Sa méthode : mener des entretiens avec ses actrices et discuter avec ses amies afin de mieux comprendre leurs questionnements et se sentir plus légitime pour aborder les rôles féminins avec acuité. « J’ai surtout compris que pour que les personnages féminins soient véritablement incarnés, je devais aller fouiller en mon for intérieur et solliciter ma propre intimité », ajoute-t-il.

 

Les surprises de l’inattendu

Chaque segment de Contes du hasard est marqué par de longues conversations, qui en disent long sur sur chacun des personnages, suivies de vrais rebondissements. Et même, parfois, des scènes stupéfiantes comme lorsqu’une jeune femme s’installe dans le bureau d’un prof d’université pour lui lire l’extrait érotique du roman qui vient de recevoir un prix littéraire prestigieux.

S’instaure alors un jeu troublant de chat et de souris dont la chute prend le spectateur au dépourvu. Et ce malgré l’avertissement du début et le plaisir annoncé d’« être surpris par l’inattendu ».

(Stéphane Leblanc, 20 Minutes, publié le 05/04/2022)

Écrire un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.