Jean-Michel Bertrand a la “faim du loup” !

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MARCHE AVEC LES LOUPS

Longue et patiente quête d’un loup au travers des Alpes et du Jura, ce film est une invitation à s’émerveiller de la beauté de la nature et à « sentir le monde », à la façon d’un loup solitaire. Une splendide initiation, malheureusement ternie par des propos peu amènes à l’égard des éleveurs de moutons.

« Une seule obsession : croiser le regard des loups ». Émise au début du film par la voix off et éraillée de Jean-Michel Bertrand, montagnard et réalisateur animalier confirmé (La vallée des loups en 2017 a fait près de 200 000 entrées), cette phrase résume à elle seule l’objet de ce beau film, autant documentaire que fiction.

Il s’agit pour le réalisateur de suivre sur près de 300 km, été comme hiver, un jeune loup gris venant de quitter la meute pour créer son propre territoire, trouver une jeune femelle et fonder une famille. Un véritable défi, qu’avec l’aide de quelques caméras-micros habilement disposées et camouflées, et un sens indéniable du terrain, il réussira à relever.

Une traque pacifique

Seul, sac au dos, tantôt à pied avec son long bâton ou monté sur des skis de randonnée, s’abritant dans une grotte ou dans une cabane typique du Jura, bivouaquant à même la neige sous un ciel étoilé, on le voit arpenter plateaux, piémonts, vallées ou cols, depuis les Hautes-Alpes d’où il est natif jusqu’au Jura en passant par l’Isère et l’Ain.

Montagnes, lacs d’altitude, cascades filmées depuis un drone, vie quotidienne où l’on se prend à vouloir, comme le réalisateur-acteur, goûter une omelette aux truffes : on savoure ces moments d’effort, de recherche, d’impatience mais jamais de lassitude, et de traque pacifique du canidé sauvage.

Dès qu’un animal traverse le champ de ses caméras cachées, Jean-Michel Bertrand est prévenu sur son téléphone portable. Défile en gros plans, un véritable bestiaire des montagnes : chevreuil, cerf, renard, blaireau, corvidé, belette ou fouine, lynx boréal réintroduit dans les années 1970 et… le loup qui, grâce à son odorat hyper-développé, détecte la caméra, la flaire et apparaît comme si on était à quelques centimètres de lui.

En osmose avec les animaux

Cette osmose avec les animaux, on la ressent aussi quand on voit et entend les loups hurler pour se localiser, s’écouter, et échanger. Un comportement typique de cette espèce, fondamental dans leur vie sociale, mais que les chercheurs éthologues ne comprennent pas encore bien et qui, malheureusement, évoquent chez beaucoup d’entre nous un sentiment de peur, encore aujourd’hui.

Ce film, qui a également fait l’objet d’un livre, est aussi une quête personnelle du réalisateur qui nous livre ses réflexions et questionnements sur l’impact de l’homme sur la nature. Il montre un renard pendu avec un collet dans un arbre ou des pilotes de moto-cross et de quads percer le silence de la montagne avec leurs engins pétaradant.

Dommage qu’il se sente obligé d’aborder question qui fâche, celle du retour du loup en France, évoquant la « minorité d’éleveurs occupant les médias ». Un discours réducteur, qui n’a pas sa place ici tant ce film est avant tout « naturaliste », poétique, initiatique et inspire la méditation plus que la discussion.

(Denis Sergent, La Croix, publié le 15/01/2020)

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