NOUS, LES CHIENS

Violent, cruel et cependant lucide et honnête, Nous, les chiens n’est pas tendre avec les bêtes, encore moins avec les hommes. C’est pourtant lorsqu’il réconcilie les deux qu’il devient un grand film humaniste.

 

C’est à la suite d’un reportage sur la maltraitance animale que les réalisateurs Sung-yoon Oh et Lee Choonbaek ont décidé de réaliser Nous les chiens. Les animaux de compagnie ne semblent pas de si bonne compagnie pour certains, y compris en France, où 100 000 chiens et chats sont abandonnés chaque année selon la SPA. Un sujet grave mais tabou, que ce film prend à bras le corps.
La première séquence donne le ton très brutal du métrage : à bord d’une voiture, un homme s’en va abandonner son chien Moong-chi en pleine nature. Recueilli par une bande de chiens errants résignés, Moong-chi reste persuadé que son maître va venir le chercher, jusqu’au jour où il rencontre une meute de chiens sauvages dans les montagnes. S’ensuit, pour lui et ses amis, un voyage plein de danger vers le bonheur et la liberté.Naturalistes dans leurs choix artistiques, les réalisateurs montrent le rapport de causalité entre les chiens et les milieux environnementaux et sociaux dans lesquels ils évoluent. L’opposition des êtres et des environnements est le concept central du film : non seulement l’opposition chiens-hommes, mais aussi de la ville (dans laquelle évoluent Moong-chi et ses amis) et de la montagne où vit une meute de chiens sauvages, jusqu’à l’opposition chiens-chiens elle-même, les chiens sauvages étant hostiles à ceux de ville, et inversement.
L’interaction des canidés et des milieux dans lesquels ils s’aventurent, est signifiée par l’harmonie des personnages en 3D et des décors dessinés manuellement en 2D, ainsi que par de nombreux plans d’ensemble et de demi-ensemble laissant voir les animaux au milieu des rues et des immeubles, des arbres et des champs.
Ainsi, l’un des enjeux du récit est-il de réconcilier chiens domestiques et chiens sauvages, avant de les réconcilier avec l’homme.L’opposition chiens-hommes, entretenue tout au long du film au travers des agissements du chasseur de chien, est rompue dans sa dernière partie : c’est dans sa dernière demi-heure que Nous les chiens se révèle profondément humaniste : si de mauvaises personnes se débarrassent de leurs animaux de compagnie sans autre forme de procès, il en est d’autres qui les aiment et en prennent soin. Au-delà de la réconciliation de l’homme et de la bête, l’épanouissement, la liberté et le bonheur constituent le but ultime de la quête des personnages.
L’animation est fluide, le mouvement bien construit et les décors bien dessinés et détaillés, particulièrement les paysages naturels. L’efficacité de la mise en scène doit également beaucoup au montage, précis : l’affrontement entre le chasseur et les chiens est marqué par des champs-contrechamps, tandis que les scènes intimes et joviales sont filmées en plans serrés.
Si sa première partie peut paraître racoleuse, voire larmoyante, Nous les chiens est un film singulier et audacieux, qui traite avec une profonde empathie d’un sujet douloureux. Touchant.

(Arthur Champilou, aVoiraLire.com, publié le 24/06/2020)

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