LUCKY STRIKE

Une vision sud-coréenne de l’adage “Bien mal acquis ne profite jamais”, à la fois jubilatoire et grinçante.

 

La crème de la crème : c’est en substance la meilleure formule pour résumer l’alliance de talents qui ont permis au premier long-métrage de Kim Yong-hoon, lequel a parfait son art en réalisant des courts-métrages et des documentaires, d’être ce thriller jubilatoire, cette comédie grinçante et l’un des films les plus noirs présentés au public, ces dernières années.

Récompensé par le Prix spécial du jury au Festival international du film de Rotterdam 2020, Lucky Strike est l’adaptation sud-coréenne d’un roman japonais écrit par Keisuke Sone. Loin de cacher ses influences, le réalisateur fonde au contraire son intrigue dans un contexte de crise économique qui a durement touché le Japon ces dernières années, avant de plomber tout autant la société sud-coréenne, qui a vu le capitalisme en péril devenir le théâtre des pires travers du citoyen ordinaire, que l’appât du gain transforme en criminel.

Construit en plusieurs chapitres, le long métrage est un grand puzzle dans lequel huit personnes, qui n’ont semble-t-il rien en commun, vont se croiser, liant leurs destins par l’argent. La mise en scène, ni linéaire ni chronologique, crée ainsi la surprise et évite d’être trop prévisible, le distinguant des thrillers habituels. Le réalisateur joue ainsi avec les codes du film noir, ajoutant à volonté des situations absurdes et une pincée d’humour, tout en déconstruisant le mythe de la femme soit victime, soit badass, mais en dépeignant plutôt des personnages imparfaits qui exposent sans vergogne leurs bas instincts.


Pour cela, Kim Yong-hoon s’est entouré d’un casting quatre étoiles, parmi les plus grands acteurs sud-coréens contemporains. Pour le public asiatique, qui connaît le paysage audiovisuel d’un continent dont la culture, depuis le triomphe de Parasite, intéresse enfin le monde entier, Lucky Strike est forcément un film immanquable ; pour le public occidental, qui se tourne enfin vers l’Est, c’est une porte ouverte vers un septième art qui n’a de toute évidence que de belles choses à offrir.
Toutefois, si Kim Yong-hoon n’était pas tombé dans le piège de scènes sanglantes qui n’apportent finalement rien à un thriller dont le scénario, le casting et la mise en scène se suffisent à eux-mêmes, Lucky Strike aurait pu être présenté à un public encore plus large. Cette comédie grinçante, bien assez noire, n’avait pas besoin de rouge – évoquer au cinéma vaudrait-il donc bien mieux que de montrer ? C’est parce que ce long-métrage rythmé pose la question qu’il est de qualité. A méditer.

(Virginie Morisson, Avoir à lire, publié le 05/07/2020)

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