L’AFFAIRE PASOLINI

Le 2 novembre 1975, un des plus grands artistes du 20e siècle fut retrouvé mort sur un terrain vague. Poète, écrivain, cinéaste, Pier Paolo Pasolini avait été roué de coups avant que le (ou les) assassin (s) roule sur son corps. Le 26 avril 76, Pino Pelosi un  “ragazzo” amant du réalisateur, est reconnu coupable d’assassinat. L’ acte aurait été perpétré avec des complices comme semble en attester la scène de crime. Trois ans plus tard, la Cour suprême prononce la condamnation définitive en omettant consciencieusement de mentionner des complicités. En 2005, Pelosi se rétracte affirmant que la mort de Pasolini est le fait de trois hommes à l’accent sicilien. Pelosi est mort en 2017, emportant son secret dans la tombe.

David Grieco, qui signe “L’affaire Pasolini”, connaissait le poète : il a joué dans “Théorème” et fut son assistant. C’est lui qui a écrit le mémorandum cultuel pour la plaidoirie de l’avocat de la famille lors du procès Pelosi. Il est également l’auteur de “La machination : Pasolini, la vérité sur sa mort”.

Sur la musique de Pink-Floyd

En près de deux heures d’une démonstration impeccable, David Grieco aborde les différentes thèses sur la mort de Pasolini. Il aurait été éliminé sur ordre d’Eugenio Cefis, ancien entrepreneur italien afin qu’il ne rende pas public ce qu’il savait sur des transactions douteuses ; sa mort serait le fait de la Banda della Magliana, une organisation criminelle… Le fait qu’un brûlot politique, “Pétrole”, se soit évaporé alors que Pasolini s’apprêtait à le publier épaissit encore le mystère. Pourtant. Et s’il ne s’agissait que d’une histoire de haine qu’on ait du mal à accepter ?

Car à l’époque, l’intellectuel inspirait tellement le dégoût de la bourgeoisie qu’un journal de droite français titra à son décès, au-dessus de la photo de son corps supplicié, “Voyez ce tas d’ordures, c’était Pasolini”.

Dans le rôle-titre, le chanteur italien Massimo Ranieri est confondant de vérité que ce soit physiquement ou dans la calme austérité. Lui aussi a connu Pasolini qui, à la fin d’un match de foot, lui avait dit “Tu sais que c’est vrai ce qu’on dit, nous nous ressemblons énormément.”

(Jacques BRINAIRE,  La Nouvelle République, publié le 20/08/2019)

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