90’s

Le premier film réalisé par Jonah Hill capte avec une perfection démente la veille de l’adolescence.

Soyez prévenus, 90’s s’ouvre sur une scène d’une simplicité inouïe. Un gamin de 13 ans (l’épatant Sunny Suljic, lire encadré) pénètre dans la chambre de son grand frère malgré l’interdiction formelle de celui-ci. Il admire les casquettes, les baskets, les posters de stars du rap, et surtout l’impressionnante collection de CD… Nous sommes à Los Angeles dans les années 90, et pourtant, jamais son réalisateur – Jonah Hill, décidément imprévisible – ne sacrifie à la vogue rétro ou à la régression nostalgique. Il y a des housses de couette Tortues Ninja, on y joue à Street Fighter II sur Super Nintendo, on entend
Kiss from a Rose de Seal à la radio ; mais Hill n’appuie jamais sur ces marqueurs pour obtenir l’approbation de son public. Il reste sur l’impression de cette première scène, au réalisme parfaitement saisi : l’admiration béate du petit frère pour le grand, de l’enfant pour l’adulte, ce sentiment qui anime son petit héros et qu’on pourrait presque qualifier d’universel si l’on n’avait pas peur d’affirmer des généralités. Tant pis pour la banalité, car 90’s ne balance rien de cliché malgré son look de récit d’initiation adolescente : un gamin brutalisé par son grand frère adoré, élevé par une mère seule mais pas trop débordée (Katherine Waterston), devient la mascotte d’une bande de skateurs gentiment cool mais glandeurs, menée par un leader inspirant (Na-Kel Smith, vraie révélation).

QUESTION DE RYTHME

Tout en fournissant de vraies scènes de skate, profitant des capacités naturelles de son casting, Hill parvient à condenser tout un été crucial, un été qui passe ni trop vite ni trop lentement, où chaque événement prend sa juste place : la fascinante préparation d’une planche de skate prend l’allure de la forge de l’épée d’un héros, tandis qu’une teuf où l’on découvre à la fois l’alcool et la sexe semble passer en un éclair. 90’s parvient à raconter tout cela avec le bon rythme. La bonne durée. Tenez-vous bien : ce film dure moins de 1 h 30. Soit rien du tout à l’échelle des « boursoufleries » mélo mal produites de Hollywood. Mais à la hauteur d’un gamin au seuil de l’adolescence, ça peut contenir une vie entière.
(Sylvestre Picard, Première, publié le 22/04/2019)

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