Terre de lumière et de miel !

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HONEYLAND

Ce beau documentaire couronné d’un Grand prix au festival de Sundance s’attache aux pas d’une femme qui vit seule avec sa mère dans un village abandonné de Macédoine.

 

Hatidze et sa mère Nazife paraissent vivre aux confins du monde, habitant une minuscule maison dans un village abandonné au centre de la Macédoine du Nord. Les ruines de pierre laissent deviner la petite communauté rurale implantée autrefois, avant que tous ses membres ne quittent la région pour les villes. À Bekirlijia et dans les montagnes alentour, ni l’État yougoslave ni le pouvoir macédonien n’ont créé de routes, ni apporté eau et électricité.

Seule, Hatidze, la cinquantaine usée par une existence rude, prend soin de sa vieille maman qui, infirme et malvoyante, se désole : « Pas moyen de mourir et je te rends la vie impossible. » Elles vivent de cueillettes et du lait de quelques chèvres. Hatidze complète l’ordinaire par le miel qu’elle récolte en haut d’une falaise, auprès d’abeilles dont elle ne se protège quasiment pas, avec une règle d’or : elle leur laisse la moitié du précieux liquide ambré afin de leur permettre de survivre par tous les temps.

Conte écologique et cruel

Mus par un projet de défense de l’environnement, les réalisateurs ont filmé pendant trois ans l’austère quotidien d’Hatidze en parfaite adéquation avec la nature. Ils brossent le portrait d’une femme forte et joyeuse, friande de capter sur sa vieille radio quelques notes de musique, tour à tour douce et rugueuse avec sa mère. Une photographie somptueuse magnifie les collines ocre ou vert tendre qui l’entourent, la lumière rougeoyante sur laquelle se détache sa silhouette au couchant et le vacillement de la bougie éclairant les deux femmes à la nuit tombée.

Mais le documentaire prend un autre tour lorsque s’installent dans le bourg abandonné Hussein, sa femme et leurs sept enfants. Ce père de famille misérable entreprend de récolter du miel pour améliorer les maigres revenus qu’apporte son troupeau de bovins. Comme dans une fable cruelle, les nouveaux venus semblent illustrer tous les fléaux que font peser les humains sur l’écosystème : surpopulation, sévices envers les animaux d’élevage, destruction de la nature par appât du gain… Face à eux, Hatidze a la frêle apparence d’un monde sur le point de s’éteindre.

(Corinne Renou-Nativel, La Croix, publié le 16/09/2020)

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