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MADRES PARALELAS

Entre drame sentimental et historique, Pedro Almodóvar dresse un portrait passionné des femmes des années 2020 et plonge dans le passé franquiste. A soixante et onze ans, le maître madrilène reste habité par une énergie inchangée.

Il y a quelques mois, en plein confinement, Pedro Almodóvar nous envoyait une carte postale. Dans « La Voix humaine », un court-métrage adapté de Cocteau, Tilda Swinton s’accrochait à celui qui la quittait lors d’une longue conversation téléphonique. Au bout du compte, elle acceptait son destin et partait seule… avec son chien. « Madres Paralelas » nous raconte encore des femmes sans hommes.

Janis, photographe de presse, tombe enceinte d’un brillant anthropologue. Arturo participe au travail de l’ouverture des fosses communes où s’entassent les morts anonymes du franquisme. Le chercheur pourrait permettre à Janis d’offrir enfin aux ancêtres de son village natal une sépulture digne. Cependant, Arturo est marié et son épouse lutte contre le cancer. Janis, elle, ne voit aucun inconvénient à se passer du père pour élever son enfant. Elle accouchera seule, à la clinique. Enfin, pas tout à fait. A ses côtés se trouve Ana. A peine sortie de l’adolescence, fragile et fébrile, la maternité représente pour elle une épreuve insurmontable. Janis, telle une grande soeur, la rassure. Elles vont sympathiser pour devenir des « mères parallèles ». Or parfois, miracle du cinéma, les parallèles peuvent se rejoindre.

Rouges flamboyants, jaunes éblouissants

On retrouve dans « Madres Paralelas » la patte si particulière du réalisateur de « Parle avec elle ». L’écran se drape de couleurs brûlantes, de rouges flamboyants et jaunes éblouissants. Avancent sous ce feu d’artifice des héroïnes farouches, les silhouettes familières de Penélope Cruz et de Rossy de Palma. Aux compagnes de route s’ajoute Milena Smit, nouvelle découverte du metteur en scène madrilène. Incarnation des millennials, son visage grave et beau, sa transformation de jeune fille en femme participent à la force de ce film.

A soixante et onze ans, Pedro Almodóvar reste le plus emblématique des cinéastes ibériques. « Madres Paralelas » nous rappelle à quel point son art s’enracine dans sa terre méridionale. Ses images écrivent un peuple, la saveur du jambon et de la tortilla, l’âme que les femmes transmettent à travers les générations. Car les hommes, ici, ne sont que des satellites autour d’astres féminins. Cette aventure nous place entre les nouveau-nés du XXIe siècle et la mémoire des morts ou les plaies mal refermées du franquisme. Ainsi Janis, l’un des plus beaux personnages du cinéma d’Almodóvar, nous rappelle à notre mission de contemporains. Préparer l’avenir ; réparer l’histoire.

(Adrien Gombeaud, Les Échos, publié le 30/11/2021)

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