LES HIRONDELLES DE KABOUL

Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec fait partager la vie d’un jeune couple détruit par le régime taliban dans l’ Afghanistan de la fin des années 1990. Cette adaptation d’un roman de l’auteur algérien Yasmina Khadra (éditions Pocket) porte la marque de réalisatrices qui se sont approprié le récit.

 

« Adapter, ce n’est pas mettre un petit peu de tout ce qu’il y a dans le livre, plutôt éliminer des éléments et en développer d’autres », précise Zabou Breitman dans le dossier de presse. Sélectionné à Cannes et à Annecy, récompensé à Angoulême, ce magnifique film d’animation exprime leur point de vue avec un mélange de force et de douceur. Encore une preuve, s’il en était besoin, que le cinéma d’animation peut s’accorder au féminin avec talent.

Le dessin comme défi

L’héroïne, doublée par Zita Hanrot (actuellement à l’affiche de La Vie scolaire) rêve de quitter Kaboul pour enseigner dans une école libre. Elle est avocate dans le livre et devient prof de dessin pour le film. Un beau pied de nez aux Talibans qui interdisent la représentation de l’être humain. On a presque l’impression que la jeune femme s’est dessinée elle-même: sa grâce et sa fragilité bouleversent dans un univers cherchant à l’effacer d’un coup de gomme patriarcal.

L’animation comme choix

Les cinéastes ont décidé de réaliser un film d’animation parce qu’elles ne se jugeaient pas légitimes pour tourner en prises de vues réelles en Afghanistan. L’animation permettait une grande liberté.

« Cela nous donnait la liberté d’aller chercher une symbolisation : un détail qui dit l’essentiel, un bidon coloré au milieu de charrettes » explique Eléa Gobbé-Mévellec. Esthétiquement, le film est une merveille de délicatesse avec son animation 2D tout en sobriété et ses dessins stylisés.

Le spectateur comme en liberté

Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mevéllec rendent avant tout hommage à celles et ceux qui combattent pour la liberté. Leur film ne fait que suggérer la violence ce qui la rend d’autant plus douloureuse.

Le spectateur ne se sent jamais contraint devant ce spectacle où la poésie règne. Il a l’impression de prendre son envol comme les hirondelles du titre à la fin d’une œuvre gorgée d’espoir. On ressort de la salle ému mais galvanisé par la force vitale des Hirondelles de Kaboul.

(Caroline Vié, 20 Minutes, publié le 04/09/2019)

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