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URCHIN

Grandeur et décadence d’un jeune sans domicile fixe et toxicomane anglais dans un film qui démontre avec brio la difficulté majeure pour recouvrir une insertion durable.

 

Le cinéma a souvent de merveilleux qu’il éclaire sur le monde. En l’occurrence, Harris Dickinson, que l’on a connu comme acteur dans Sans filtre ou Babygirl, s’attaque à un sujet complexe, celui des tentatives d’insertion sociale d’un jeune SDF anglais, toxicomane, qui doit affronter une enfance difficile, des carences dans les apprentissages sociaux et scolaires, un rapport pathologique à la dépendance, et tout cela avec les moyens très limités mis en place par les services sociaux britanniques pour y répondre. Nous ne sommes pas non plus dans le cinéma de Ken Loach car le réalisateur choisit de livrer un portrait absolument sensible d’un jeune homme abîmé par l’existence et qui lutte au mieux de ses forces pour recouvrir une existence normale. Pas de misérabilisme social dans ce film qui se distingue du mélodrame en usant sans complexe de la métaphore et de la poésie pour donner une hauteur inattendue au récit.

 

Urchin est avant tout une opportunité magique qui est donnée au comédien Franck Dillan pour montrer toute la palette de son talent. L’acteur donne vie à un être complexe, lumineux et sombre, déterminé parfois, abattu à d’autres moments, touchant et détestable à la fois, qui lutte avec force pour recouvrir une vie normée avec un lieu pour dormir, un boulot et un minimum de relations sociales. On assiste dans son parcours à toutes les épreuves qu’impose un tel redressement, tant les espaces d’écoute, d’accompagnement manquent pour permettre aux personnes blessées de panser leurs plaies. Les individus n’ont pas le droit à l’erreur et les enregistrements ressemblant à de la relaxation qui lui ont été confiés ne remplacent en rien des entretiens d’assistance psychiatrique. Harris Dickinson lance à sa manière un débat sur les addictions et les dispositifs mis en place pour y apporter des solutions.

 

Il ne faut pas attendre un discours politique et militant du réalisateur. La force romanesque l’emporte sur la dimension sociétale. Harris Dickinson raconte une histoire, révèle un individu dans ses capacités et ses faiblesses, mais aussi ses désirs d’être à la hauteur d’une existence conforme. Le film va à la rencontre de personnages multiples, en illustration à une vie volatile, solitaire, et sans repère stable. Il y a ces deux femmes rencontrées dans un hôtel et qui l’emmènent passer sa meilleure soirée, ce patron qui voudrait bien l’aider mais est là aussi pour assurer un business, cette amante d’une semaine qui vit dans un bungalow, autant de petits miracles qui ne changeront pas le héros dans la durée. Mais le propos ne se veut pas désespérant. La solution est peut-être au bout de ce tunnel qui s’enroule depuis le lavabo de sa chambre jusqu’à une clairière lumineuse et verdoyante.

 

Rien de lourd dans ce long-métrage. La réalisation s’attache à une grande fluidité des émotions, le cinéaste de fait pas de simagrée au risque peut-être d’une mise en scène un peu classique et sage. Mais l’humanité qui se dégage des personnages gagne sur tout le reste, atteignant dans les relations entre les personnes, une forme de merveille.

(Laurent Cambon, Avoir à Lire, publié le 10/02/2026)

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