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HAMNET
Difficile de ressortir indemne de ce grand film sur l’amour et le deuil. Du coup de foudre à la déchirure, de la rage à la résilience, Chloé Zhao livre une épopée humaine renversante. Elle réussit aussi à contourner le biopic, pour transcender le parcours d’une légende et d’une œuvre culte.
Dans l’Angleterre de la fin du XVIe siècle, la rencontre entre une jeune femme à l’esprit libre et un jeune précepteur en quête d’expression artistique débouche sur une idylle vibrante, un mariage et une vie de famille. Du ravissement à la sidération, de la lumière à l’ombre, le récit court sur une vingtaine d’années. Rien de plan-plan dans le trajet de ces êtres à la pulsation intense. Car Hamnet met en scène une figure féminine d’une puissance et d’une singularité sidérantes. Par ses vibrations, ses doutes et ses convictions, par son anticonformisme, par son lien à la nature, Agnes est une avant-gardiste. Jessie Buckley lui confère une force d’incarnation époustouflante, en harmonie avec les éléments. Avec subtilité, le cinquième long-métrage signé Chloé Zhao dépoussière la reconstitution historique pour se concentrer sur ce qui anime les âmes. Il déjoue les attentes d’une illustration appliquée de la biographie de William Shakespeare. Will est ici important, et même essentiel, grâce également à la composition solide et fébrile de Paul Mescal, mais au second plan derrière Agnes. Et si le film décrit le contexte donnant en partie naissance au monument théâtral Hamlet, il se focalise sur l’aventure intime de ce foyer.
Ensemble et séparément, les deux protagonistes racontent la joie, l’émulation, le désir, le plaisir, mais aussi la frustration, la déchirure, la douleur, et l’acceptation qui fait son chemin comme elle peut dans les méandres des cœurs dévastés, au gré des choses de leur vie avec leurs trois enfants Susanna, Judith et Hamnet (épatant Jacobi Jupe). Ce périple sur grand écran transpire le lien familial dans toute son essence viscérale, avec une science de l’attachement profond et de la circulation des regards, captés par une caméra organique. La cinéaste n’a pas son pareil pour ancrer ses personnages dans la terre qu’ils foulent, et en faire des figures existentielles épiques. Avec Les Chansons que mes frères m’ont apprises, The Rider et Nomadland, elle a, déjà, suivi les chemins de la séparation, du deuil, et de la résilience, là dans des récits contemporains, ici dans un film d’époque. Mais toujours avec une acuité sans afféterie, et une ampleur des sentiments qui s’inscrit dans les décors naturels, et le long des murs sur lesquels les êtres se cognent.