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TOUCH
De l’Islande au Japon, en passant par la Grande-Bretagne des années 60, Baltasar Kormákur baisse la garde et raconte une histoire d’amour face à l’histoire. Déchirant.
Entre l’annonce d’un confinement imminent et un coup de fil redouté de son neurologue, Kristofer, 73 ans, fait sa valise, ferme son restaurant, se rend à l’aéroport de Reykjavik direction Londres. Au crépuscule d’une vie jalonnée d’erreurs, il veut retrouver Miko, celle qu’il avait tant aimée à Londres à 20 ans, quand il était expatrié. Étudiant de gauche, il avait décidé de plaquer la fac et, se lançant un vague pari, avait été embauché à la plonge dans l’un des rares restaurants japonais de la capitale anglaise. Adopté par Takahashi-san, le patron, avec qui il partageait le goût du poisson bien cuisiné, Kristofer était tombé amoureux de sa fille. Ce qui les a séparés, le spectateur le découvrira avec beaucoup de douleur et peut-être une révélation sur la double peine des survivants de la bombe atomique. Se réappropriant le livre éponyme de son compatriote Ólafur Jóhann Ólafsson, Baltasar Kormákur fabrique à la fois un ample récit romanesque où la grande Histoire entrave la « petite » histoire d’amour et un document éducatif et anthropologique sur le rapport des Japonais au monde et à eux-mêmes au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Encore plus inhabituel pour le réalisateur islandais qu’on connaît pour ses films d’action, ses polars et ses survivals spectaculaires, il s’agit d’un film personnel sur les erreurs à réparer, sur la tentation de la régression, lui qui approche de la soixantaine. On ignorait qu’il pouvait faire preuve d’autant de tendresse, qu’un héros aussi placide et aussi doux que Kristofer pouvait l’intéresser – jeune, le personnage est incarné par son fils, acteur non professionnel, interprète timide et lumineux.
Et pourtant, l’habituel rythme effréné de son cinéma laisse place à l’introspection et à la contemplation. Ode à l’altérité, à la découverte des autres pour mieux se connaître soi, TOUCH interroge aussi, jamais avec insistance, plutôt de manière subliminale, ce que le Covid a fait de nous en tant qu’animaux sociaux. Comment s’aimer, d’amour, d’amitié ou d’humanité, quand on ne peut plus vraiment se toucher ?