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RENTAL FAMILY
La réalisatrice signe ici son second long métrage sur une pratique surprenante et pourtant répandue au Japon.
Louer un ami, un amant ou même un père, pour une heure ou plusieurs jours, tout est possible dans une société où les mœurs et la pression sociale enveloppent parfois ses habitants de honte et de solitude.
Dans Rental Family, la réalisatrice et coscénariste japonaise Hikari met en scène l’entreprise que l’on traduirait par « une famille à louer », qui propose des compagnons de location. Un business en essor, qui concerne des milliers de personnes au Japon, et qui avait déjà inspiré, il y a quelques mois, le réalisateur autrichien Bernhard Wenger pour son film au scénario similaire Peacock.
Star sept ans auparavant d’une publicité de télévision japonaise pour le dentifrice, Philip est un acteur américain qui peine à faire décoller sa carrière. Seul dans un Tokyo immense et fourmillant, l’acteur désabusé accepte une offre pour le moins originale : celle de jouer le rôle d’un proche pour les clients de la petite entreprise Rental Family.
Tout commence par un mariage : une fausse cérémonie où Philip doit incarner le futur mari canadien d’une jeune Japonaise. En tout cas sur le papier. Le tout est que les parents y croient, car la jeune épouse, elle, prévoit de se marier en secret avec son amoureuse, dans un Japon où l’homosexualité reste un lourd tabou dans certaines familles. Dans un premier temps, cet étrange commerce de services taraude Philip. Ce business basé sur le mensonge ne revient-il pas à vendre son corps ? » Nous ne vendons pas des gens. Nous vendons des émotions », se défend son patron.
Ce que dépeint Rental Family, c’est avant tout la grande solitude de ceux qui ne parviennent plus à se connecter aux autres. Le film balaye rapidement les questionnements moraux de Philip, qui trouve peu à peu dans ce nouveau métier une manière de sortir de son propre isolement. Il jouera tour à tour le meilleur ami pour un geek qui ne sort pas de chez lui, le père d’une jeune fille de 10 ans, ou encore un écrivain pour un ancien acteur en manque d’attention. Brandan Fraser (Oscar du Meilleur acteur pour The Whale en 2023) incarne, de toute son imposante stature et ses grands yeux bleus baignés de mélancolie, ce géant au cœur tendre, dans un Japon dont il tente désespérément de saisir les subtilités.
Remède à la solitude
Dans la vraie vie par exemple l’entreprise Family Romance embauche près de 1 200 acteurs dans tout le Japon. Son fondateur, Ishii Yuichi, raconte comment, alors qu’il était jeune comédien, une amie mère célibataire lui a demandé de jouer le père de sa fille de 4 ans lors d’un entretien pour une prestigieuse école privée. « Nous devions jouer la famille nucléaire parfaite. La fille de mon amie avait déjà été refusée une fois, car sa situation familiale était considérée comme trop instable », racontait-il au site Hive Life en 2019.
Dans Rental Family, Philip se retrouve dans la même situation : jouer au père parfait dans une société où les mœurs portent en exigence une vie bien rangée, qui ne fait pas de vagues. Des standards de plus en plus durs à atteindre dans un pays où le néolibéralisme impose son rythme de vie effréné. En 2021, le gouvernement japonais avait même mis en place un « ministère de la Solitude » et multiplie depuis les politiques de santé publique pour ce qui ressemble davantage au mal du siècle qu’à une véritable épidémie. « La solitude n’est pas propre à la société japonaise, mais elle y est renforcée par les tabous, les traditions et les conventions sociales » explique la réalisatrice qui a grandi au Japon avant de partir étudier le cinéma aux Etats-Unis à ses 17 ans.