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LES FILLES-DÉSIR

Premier film de la réalisatrice Prïncia Car et présenté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, « Les Filles désir » est une plongée intime dans les questionnements d’une bande d’amis.

 

Les Filles désir est avant tout une histoire de collectif. D’abord, au niveau de sa conception, le film étant co-écrit par la réalisatrice Prïncia Car, qui a fondé en 2018 une école alternative de cinéma à Marseille, et par les jeunes acteurs non-professionnels, membres d’une troupe qui réalise depuis de nombreuses années des courts-métrages et des clips.

 

Mais l’esprit de groupe, c’est aussi le cœur du récit. Les Filles désir, en salles depuis le Mercredi 16 Juillet, raconte la vie d’Omar et de ses amis, animateurs dans un centre aéré. Le quotidien de la bande et son équilibre vont être bousculés par le retour inattendu de Carmen, l’ancienne meilleure amie d’enfance d’Omar, et ex-prostituée.

 

Au centre de la narration, plusieurs thèmes et questionnements se lient et se complètent. Comment connaître nos désirs et nos rêves ? Sommes-nous libres ou enfermés dans une société qui ne sait que juger et oppresser ? Ces interrogations qui animent la vie de ces jeunes, fraîchement adultes, sont captées par une caméra qui s’approche au plus près des protagonistes. Une véritable plongée dans leurs réflexions.

 

La culture masculine, celle où l’homme domine avec sa force, son besoin de posséder et celui d’être respecté, est omniprésente. Ce système de valeur sera bousculé par le retour de Carmen, questionnant les jeunes hommes sur leur rapport aux femmes et à la sexualité.

 

Personnage central, Omar est le chef de bande, celui qui décide de ce que l’on fait, de ce que l’on pense, et de comment l’on se comporte. Lui aussi est perdu dans ses désirs contraires, attiré par Carmen depuis son retour et exerçant sur elle une certaine autorité qu’elle lui reproche, mais voulant aussi, au même moment, se marier et construire un avenir commun avec sa copine. « Je ne sais pas ce qui est le bien et ce qui est le mal », se demande-t-il.

 

La beauté de Marseille

Prïncia Car a tourné dans les lieux de vie des jeunes acteurs pour retrouver l’authenticité du quartier et la complicité naturelle des comédiens entre eux. La ville de Marseille, montrée solaire et à rebours des clichés sombres associés au quartier, devient un protagoniste. La lumière, d’une beauté à couper le souffle, se reflète dans les yeux de ces adolescents qui se regardent, s’aiment et se cherchent.

 

Les Filles désir est un film d’apprentissage, de ses envies d’abord, de ses désirs (amoureux ou sexuels) ensuite et de son corps enfin. Tout est une question de trouver son rythme, de ne pas griller les étapes de notre vie en s’enfermant trop tôt dans des schémas nocifs et précoces. La fin du récit, résolument positive et poétique, prend du temps à arriver, mais ne déçoit pas. Les notes de piano, qui accompagnent à deux reprises des scènes d’amusements et de bonheur entre amis, retentissent une dernière fois, avant que le titre Les Filles désir de la chanteuse Vendredi sur Mer ne résonne dans les rues de Marseille.

(Paul Ripert, France InfoCulture, publié le 14/07/2025)

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