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JULIE SE TAIT
Le réalisateur belge Leonardo Van Dijl aborde avec une grande justesse et sans voyeurisme le sujet des violences sexuelles dans le milieu du sport.
Julie, 15 ans, joueuse de tennis prometteuse, est entraînée par Jeremy depuis son plus jeune âge quand elle apprend que ce dernier a été suspendu après le suicide d’une jeune fille autrefois membre du club. Jeremy est écarté des entraînements pour que l’enquête interne au sein du club puisse se dérouler sans pressions de sa part sur les jeunes. Ces derniers sont invités à parler, mais Julie, toujours en contact avec Jeremy qui continue à l’appeler et à lui envoyer des messages, se tait.
Choisi par la Belgique pour représenter le pays aux Oscars 2025 dans la catégorie meilleur film international, Julie se tait aborde la question des violences et des abus sexuels dans le milieu du sport, un environnement particulièrement propice à ces crimes. L’intrigue se déroule en Belgique, mais aurait tout aussi bien pu être imaginée en France, où la parole s’est libérée dans le milieu du sport depuis les révélations en 2020 de la patineuse Sarah Abitbol.
Le sujet est traité ici sans voyeurisme. Plus que les détails des abus ou des violences, jamais montrés, jamais décrits, le film s’attache à décortiquer les mécanismes de l’emprise exercée par un adulte sur des enfants vulnérables. Dans le parcours exigeant et difficile de ces jeunes sportifs, qui demande discipline et sacrifices, l’entraîneur, très proche des enfants dès leur plus jeune âge, occupe en effet une position privilégiée.
Jeremy fait croire à Julie que lui seul détient les clés de sa réussite. En bon prédateur, il l’a isolée de ses pairs, de sa famille, et il règne sur sa vie. Julie, comme souvent les victimes, ne peut pas se défaire de cette emprise du jour au lendemain, d’autant plus que Jeremy continue à maintenir le contact avec elle. C’est en travaillant avec un autre entraîneur, à la même place pour faire le même travail que Jeremy, que Julie comprend peu à peu par contraste à quel point son entraîneur avait pris le pouvoir sur sa vie.
Prise de conscience
La sportive découvre aussi sa capacité à progresser avec l’aide d’un adulte aux comportements adaptés. Elle retrouve le sourire en partageant des moments avec ses camarades, avec sa famille, avec son petit chien. Malgré cette prise de conscience, que l’on sent naître au fil du récit, et malgré les mains tendues de ses amis, de sa famille, ou encore de la directrice du club pour l’aider à parler, Julie continue à se taire.
La peur, la honte, la tristesse ou bien un acte de résistance ? Qu’est-ce qui empêche Julie de dénoncer son agresseur ? Le film ne donne pas de réponses toutes faites, mais montre dans une mise en scène très sobre, centrée sur Julie, magnifiquement incarnée par la jeune comédienne Tessa Van den Broeck, son cheminement intérieur.
La caméra ausculte la jeune fille, sa solitude, ses interactions avec son entourage ou avec l’agresseur, puis son retour à la vie, sa joie retrouvée quand Jeremy en est écarté. Julie trouve en elle-même les ressources pour reprendre le contrôle de sa vie. C’est cette réalité quasi impalpable qui est saisie, et qui est donnée à voir au spectateur.
Si elle ne parle pas, Julie ne s’effondre pas. Droite dans ses bottes, elle affronte en direct, sans l’intermédiaire des adultes, son agresseur, faisant preuve d’un courage et d’une maturité remarquables. Les mots finiront par venir, plus tard. Des mots qu’on n’entendra pas, que Julie réserve à la justice pour mettre son agresseur hors d’état de nuire.