Copyright A24

SORRY, BABY

Distribué par A24, le premier film de la réalisatrice a été présenté au Festival Sundance et a clôturé la Quinzaine des Cinéastes à Cannes.

 

Son jeu a l’intensité d’une Margaret Qualley et l’étrangeté d’une Phoebe Waller-Bridge. Quant à son univers, il est sensible et authentique. Avec Sorry, Baby, la réalisatrice et actrice Eva Victor signe un premier long-métrage bouleversant, distribué par le célèbre studio A24.

 

Présenté au Festival Sundance où il reçoit le prix Waldo-Salt du scénario puis à la Quinzaine des Cinéastes à Cannes, Sorry, Baby connaît une trajectoire similaire au long-métrage Aftersun. En 2022, le premier film de Charlotte Wells relatait une relation père-fille marquée par la dépression, un scénario qui avait tapé dans l’œil du réalisateur du film oscarisé Moonlight et producteur, Barry Jenkins. À la tête de la boîte de production Pastel, il est aussi derrière ce premier film d’Eva Victor.

 

La rencontre entre Barry Jenkins et Eva Victor s’effectue par l’intermédiaire des réseaux sociaux, où la jeune femme qui se met en scène dans des vidéos humoristiques est repérée par le réalisateur. Quelques années plus tard, c’est elle qui vient taper à la porte du producteur avec un scénario très éloigné du monde du stand-up.

 

Dans Sorry, Baby, elle relate le parcours de guérison d’Agnès victime d’un viol commis par son directeur de thèse. Un scénario inspiré de l’histoire personnelle de la réalisatrice qui endosse le rôle principal de son propre film.

 

Briser la culture du viol

Dans sa Nouvelle-Angleterre, Agnès jeune doctorante et professeure à l’université survit, isolée du monde. Son amie Lydie (incarnée par Naomi Ackie) venue de New-York pour lui rendre visite brise cette routine solitaire lors d’une scène de retrouvailles enjouées. Après une longue séparation, les anciennes colocataires partagent à nouveau un quotidien au-dessus duquel planent la tristesse d’Agnès et sa tentative de reconstruction. Il nous faut un certain temps pour comprendre ce qui a bien pu arriver à cette jeune femme dont l’intelligence crée la jalousie de ses pairs. Au vu des remarques déplacées de son entourage et du malaise ressenti par Agnès, il devient très vite évident que quelqu’un s’en est pris à elle.

 

Pourtant le mot viol est rarement prononcé, la jeune femme opte plutôt pour« the bad thing » (la mauvaise chose, en français). Il n’empêche que jamais un film n’aura décrit la réalité d’une agression sexuelle et ses conséquences avec autant de justesse, de réalisme et de sensibilité. Alors que le viol est souvent utilisé comme levier scénaristique, tantôt filmé avec violence ou par des stéréotypes, Eva Victor brise les clichés et s’attache à décrire la vérité sans la montrer. Un plan d’une maison – celle du directeur de thèse d’Agnès – filmée jusqu’à la tombée de la nuit suffit à faire comprendre l’effroi de la jeune femme dans un état de sidération même si elle parvient à réunir ses forces pour immédiatement raconter l’agression qu’elle vient de subir.

 

Espoir du cinéma indépendant

C’est avec un scénario à rebours qu’Eva Victor conçoit Sorry, Baby. L’histoire découpée en chapitres commence dans le présent avant de remonter le temps. Un procédé subtil qui permet au public de connaître les personnages avant d’aborder le traumatisme et éviter de les circonscrire à cette réalité, mais surtout de dresser les fondations du second grand sujet du film : l’amitié féminine.

 

Récit d’une guérison, Sorry, Baby raconte aussi la force de la sororité et du matrimoine dans une société désuète lorsqu’il est question de prendre en charge les victimes de violences sexuelles. Les dialogues remplis d’humour et l’alchimie entre Eva Victor et sa partenaire de jeu Naomi Ackie font de Sorry, Baby un véritable remontant. Alors qu’il s’agit seulement de son premier film, cette cinéaste donne déjà le ton d’une œuvre qui s’annonce marquante. Une prouesse cinématographique signée par celle qu’on ne craint pas de considérer comme la future figure de proue du cinéma indépendant.

(Zoé Ayad, FranceInfo Culture, publié le 22/07/2025)

Écrire un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *