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MA FRÈRE

Initialement directrices de casting, les deux réalisatrices Lise Akoka et Romane Gueret ont un talent indéniable pour la direction d’acteurs, aussi jeunes soient-ils.

 

Peut-être connaissez-vous déjà Shaï et Djeneba, ces deux meilleures amies d’enfance qui ont grandi dans le 19e arrondissement de Paris, quartier de la place des Fêtes. La langue bien pendue et unies par un amour infini, elles étaient déjà les héroïnes de la mini-série Tu préfères, créée en 2020 sur Arte par Lise Akoka et Romane Gueret.

 

Après Les Pires (2022), ces deux anciennes directrices de casting brillent une nouvelle fois par leur choix d’actrices en portant les héroïnes de leur mini-série sur grand écran. Dans Ma frère, en salles mercredi 7 janvier, elles se revoient cette fois loin du ciel gris de Paris, sous le soleil estival de la Drôme.

 

Nous retrouvons donc Shaï et Djeneba, à 20 ans, quelques années après Tu préfères. D’un côté, Djeneba tente désespérément de s’occuper de son demi-frère nouveau-né, face à une mère irresponsable, partie sans prévenir. De l’autre, Shaï cherche à s’émanciper de sa famille juive très croyante et d’un frère envahissant.

 

 

Pour gagner son autonomie, et un peu d’argent, Shaï parvient à convaincre la directrice du centre de loisirs où travaille Djeneba de la laisser encadrer une colonie de vacances d’été en tant qu’animatrice. Ni une ni deux, elles se retrouvent dans la Drôme à encadrer une vingtaine d’enfants, alors qu’elles-mêmes tentent de naviguer, tant bien que mal, vers l’âge adulte.

 

Le sel du réel

En 2006, Éric Toledano et Olivier Nakache écrivaient Nos jours heureux, film de colonie de vacances devenu culte, notamment pour toute une génération d’animateurs. Dix ans plus tard, c’est à nouveau un duo d’amies qui explore ce moment si précis et précieux de la jeunesse. Lise Akoka et Romane Gueret ont pour sujets de prédilection l’enfance et l’adolescence, qu’elles filmaient déjà dans Les Pires. Elles s’attachent à capter ces frontières floues, parfois si difficiles à franchir, qui marquent les étapes de la vie. Dans Ma frère, rien ne reflète mieux les errances de Shaï et Djeneba que la flottille de gamins qui papillonnent autour d’elles. C’est auprès d’eux qu’elles s’élèvent, apprennent, et parviennent à trancher les choix cruciaux qui les attendent.

 

 

Le film scintille dans ses scènes de vie quotidienne : la préparation des repas, les veillées, les sorties en kayak. Les discussions entre les enfants du camp sont autant de petites pépites, donnant l’impression d’accéder à un jardin secret dont les adultes sont exclus depuis longtemps. La vingtaine de jeunes acteurs incarnant les vacanciers brillent par leur spontanéité et leur sincérité.

 

Fanta Kébé et Shirel Nataf, qui interprètent respectivement Djeneba et Shaï, ont grandi ensemble. Dans ce récit qui frôle la biographie, tout sonne juste. Leurs joies, leurs disputes, leurs incompréhensions sont celles des amitiés qui entrent dans l’âge adulte en empruntant des chemins propres, après s’être construites ensemble. Elles sont épaulées par leur directrice, la juste et bienveillante Sabrina, incarnée par Amel Bent – assez impressionnante pour ses premiers pas au cinéma. Porté par ses trois actrices, Ma frère défend bec et ongles l’importance de la sororité et de l’entraide féminine.

 

 

En laissant une grande place à ses acteurs, à leurs récits et à leurs sensibilités, le film évite les clichés trop souvent projetés sur la jeunesse de banlieue. Il aborde avec élégance et humour des sujets encore perçus comme tabous chez les enfants : la transidentité, le consentement, le rapport à la famille, au vivre-ensemble. Le tout sans jamais sombrer dans le pathos ou le larmoyant. Une très jolie surprise, pleine de joie et d’espoir.

(Lison Chambe, FranceInfo Culture, publié le 03/01/2026)

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